Résumé : l'enfant à haut potentiel, par le Pr Laurence Vaivre-Douret

Publié le 26 Septembre 2014

Article repris sur Adulte surdoué.org

Le Pr Laurence Vaivre-Douret, est responsable de l’équipe de recherche « Neuro-développement et troubles des apprentissages » au sein de l’Unité-669 INSERM hébergée à Necker-Enfants Malades. Expert, formateur, elle est également la fondatrice du Centre référent sur les troubles du langage et des apprentissages.

Dans cet article, après un rappel terminologique, elle compile de façon très complète l’état actuel des connaissances sur l’identification, les aspects développementaux et les aspects neurocognitifs spécifiques aux enfants à hautes potentialités.

L’identification des enfants à hautes potentialités

Quotient intellectuel
Le seul outil existant aujourd’hui pour l’identification de ces enfants est le quotient intellectuel. Les tests existants et pratiqués en France se basent sur l’échelle de Wechsler, et visent à classer l’enfant selon son rang par rapport à une population de son âge. Ces tests (WIPPSI-III, WISC-IV et WAIS-III selon l’âge) ont récemment été mis à jour.
Le seuil utilisé pour parler de « surdoués » ou de « précocité » est lui, plus partagé selon les avis et selon les pays. Le seuil de 130 est le plus communément admis en France. Sur cette base, on peut considérer à 200 000 le nombre d’enfants scolarisés concernés.

Intelligences
Les tests de QI ne mesurent qu’un aspect de l’intelligence, l’intelligence analytique, et il semble réducteur d’appliquer le mot surdoué aux seuls enfants à QI supérieur.
De plus en plus d’approches visent à confronter d’autres facteurs, notamment ceux visant la sphère psychoaffective, à la seule mesure du QI. Ainsi, des investigations complémentaires incluant des tests de personnalité, des tests de créativité, ou des évaluations neuropsychologiques plus fines devraient être systématiques, pour notamment mettre en évidence des déficits de certaines fonctions, gommées par surcompensation.

Variabilité intra individuelle et évaluations complémentaires
Dans ce paragraphe, le Pr Vaivre-Douret s’interroge sur les écarts fréquemment observés entre QIV et QIP et souligne le biais observé dans les études qui recrutent leur population test dans les cabinets de psychologues ou en consultation dans les services de pédopsychiatrie, plutôt que dans la population générale. Ces écarts génèrent une absence de consensus pour les critères diagnostiques à retenir.
Dans les critères de variabilité, elle cite également l’effet Flynn, et les caractéristiques du milieu socio-économique.

Aspects développementaux

Données développementales
La maturation physiologique du système nerveux commence dès la période de gestation, de façon graduelle et exponentielle. Malgré le manque de données (dues à la détection seulement en primaire des enfants à hautes potentialités), il semble que cette catégorie ait un développement maturatif particulier.
Ils auraient un rythme particulier d’acquisitions développementales, concernant surtout leurs capacités d’éveil et de focalisation attentionnelle.

Développement neuro-posturo-moteur
Les enfants à hautes potentialités montrent une avance sur le plan posturolocomoteur, qui leur permet d’acquérir rapidement coordination et autonomie de mouvement. En moyenne, ils sont avance de un à deux mois, ou un à deux écarts type au dessus de la moyenne pour les principaux items du développement psychomoteur.

Développement cognitif
La précocité du langage, et la capacité à rapidement utiliser les notions de structuration spatiale (dedans/dehors) ou temporelle (avant/après) est régulièrement observée. La latéralité est précocément mise en place avec une prédominance tonique de l’hémisphère droit.
On observe de hautes capacités de traitement et une mémoire immédiate importante, ces deux facteurs conférant des processus analytiques puissants.
Le Pr Vaivre-Douret note également une réceptivité perceptive et sensorielle accrue. Ils apparaissent très tôt comme des touche-à-tout, avides, curieux et créatifs.

Après 4 ans
Le Pr Vaivre-Douret souligne le fait que jusque l’âge de 5-6 ans, on observe peu le phénomène de dyssynchronie, les aspects psychomoteur et psychologique restant sensiblement au même niveau. La dyssynchronie serait donc le fait d’une dégradation ou d’une non-exploitation (ou d’une non-reconnaissance par les proches) d’une fonction au détriment d’un domaine surinvesti. Ces dyssynchronies risquant elles-même d’induire des dysfonctionnements, avec des retombées sur le comportement social et émotionnel de l’enfant.
Il semblerait que l’homogénéité des quotients verbal et performance soient un « facteur protecteur ».

Développement psychoaffectif et comportement
L’imagination débordante des enfants à hautes potentialités peut être génératrice d’angoisses, amenant fréquemment troubles de l’attention ou du sommeil.
La non-prise en compte de ses attentes, souvent en décalage avec des attentes standards peut aller jusque créer chez l’enfant précoce un désintérêt pour l’apprentissage.
Si le milieu ne prend en compte que le domaine intellectuel, celui ci risque d’être surinvesti au détriment des capacités psychomotrices, ce qui amène l’enfant à s’enfermer dans sa bulle intellectuelle.
L’inhibition peut également être utilisée par ces enfants, soit en hypertrophiant l’idéal du moi, soit en développant une inhibition au jeu, ces deux situations générant beaucoup d’angoisses et d’anxiété. Une étude met en évidence la présence de troubles anxieux importants dans les populations d’enfants précoces.

Troubles d’apprentissage
S’il n’y a pas de prévalence dans les troubles d’apprentissage chez les populations d’enfants à hautes potentialités, toute la difficulté sur le sujet sera de détecter des troubles possiblement cachés par les capacités cognitives.

Fonctionnement de l’enfant à hautes potentialités et aspects neurocognitifs
Il a été mis en évidence ou suggéré:
- une vitesse de transmission de l’influx nerveux plus rapide,
- des taux et des durées de sommeil paradoxal supérieures ,
- une maturation physiologique du cerveau plus élevée et un rythme alpha moins élevé,
- un traitement de l’information de type analogique.
Ces différents points entraînent une vitesse de traitement et des capacités d’apprentissage supérieures.
- Une mémoire à long terme supérieure permettrait également une base de connaissance plus riche.
- Il existerait un lien également avec l’activation de certaines zones du cerveau, notamment le cortex préfrontal, le taux de matière grise du cerveau, un moindre consommation en glucose lors de la réalisation de certaines tâches, qui amènerait une « économie » dans la réalisation de certaines tâches.

Conclusion
Les récentes études ont permis de démontrer l’avance de la maturation neurosensorimotrice et un fonctionnement cérébral particulier des enfants à « hautes potentialités ». Cette avance proviendrait d’une part d’une vitesse accrue de conduction de l’influx nerveux, qui entraine une vitesse de traitement supérieure, et d’autre part, d’une substance réticulée opérante précocément.
Le Pr Vaivre-Douret souligne l’importance de tenir compte des ces hautes potentialités pour aider l’enfant à s’épanouir, de préserver une continuité développementale des différentes fonctions afin d’éviter au maximum les dyssynchronies, et de rester attentif à la construction du Moi face à une potentielle image idéalisée des parents.

 

Rédigé par Emilie Merienne

Publié dans #Douance - Potentiel -Talent

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