Dans les pas d’Aleksandr Mikhaïlovitch Negrul, un ampélographe au pays des soviets

Publié le 30 Mai 2018

Aleksandr Mikhaïlovitch Negrul a rédigé dans les années 1930-1940 des ouvrages clés pour la compréhension des évolutions de la vigne depuis sa domestication par l’Homme.

Auteur de  : Les fondements génétiques de la sélection de la vigne (1936), La sélection de la vigne en URSS (1955), La viticulture et les bases de l'ampélographie et de la sélection des espèces (1959), La sélection des terres et des différents cépages pour les vignobles (1964), Viticulture et vinification (1968), L'ampélographie et les bases de la viticulture (1979) (liste non exhaustive)

En s’intéressant à sa vie, son parcours ainsi que sa contribution à l’ampélographie, il s’agit ici de revenir sur l’oeuvre d’un scientifique longtemps considéré en URSS comme le « roi du raisin ».

Son parcours

Né à Poltava (Ukraine) en 1900, il grandit dans différents endroits, en raison du travail de son père (ouvrier qualifié dans l’industrie ferroviaire). Sa scolarité se fait entre Sotchi et Odessa.

À partir de 1920, il poursuit des études d’ingénieur agronome à l’Institut des sciences agraires d’Odessa. Pendant ces années, il s’intéressera aux travaux scientifiques du département de la viticulture de l’Institut.

En 1925, Son diplôme (spécialité viticulture) en poche, il trouve un emploi d’assistant de laboratoire à l’Institut des sciences agraires d’Odessa où il commencera à donner des cours.

En 1926, il rentre en thèse au département de génétique et sélection des espèces.

En 1928, il est à l’initiative de la création du premier bureau de sélection des vignes de l’URSS, localisé à l’Institut des sciences agraires d’Odessa.

Ses travaux sur l’identification des cépages lui permettent d’être remarqué en 1929 au Congrès de la génétique et de la sélection des espèces à Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg).

En 1931, il quitte Odessa pour Tbilissi et prend la direction du département de la sélection des espèces à l’intérieur de l’Institut de recherche sur la viticulture et la vinification.

L’année d’après, en 1932, il est invité à Leningrad pour travailler comme chercheur à plein temps à l’Institut pansoviétique de botanique appliquée et de nouvelles cultures. C’est à ce moment qu’il va alterner travail théorique à Leningrad pendant l’hiver et étude de terrain dans diverses antennes de l’Institut (régions d’Asie centrale, du Caucase, d’Ukraine, etc.) pendant l’été.

En tant que chercheur reconnu en URSS, il prend part à différents colloques dans le monde (en Argentine et au Chili en 1956, en Tchécoslovaquie et en Suisse en 1957, au Luxembourg en 1958 et en Hongrie en 1960).

 

Son activité d’ampélographe

Considérant qu’une espèce souche peut être à l’origine de toutes les diverses espèces de vignes (monophylie), Negrul va chercher à distinguer et classer les différentes variétés de vignes. Pour cela, il observe les caractéristiques des pieds de vigne (couleur des raisins, le rameau, la forme des feuilles, etc.) et définit plusieurs entités.

Dans ses recherches, Negrul utilise le concept de « proles ». Ces dernières se divisent en trois grands groupes :

  • vitis vinifera pontica (Géorgie, Arménie, Asie Mineure, Grèce, Bulgarie, Hongrie et Roumanie)
  • vitis vinifera orientalis (Asie centrale, Afghanistan, Iran, Arménie Azerbaïdjan)
  • vitis vinifera occidentalis (France, Allemagne, Espagne et Portugal)

Ces trois grands groupes sont le résultat d’une domestication de la vigne sauvage (Vitis vin ssp.sylvestris) par l’Homme (devenant alors Vitis vinifera ssp.sativa) et se distinguent par leurs diverses évolutions selon le milieu géographique et climatique.

À l’intérieur de ces grands groupes, on trouve différents groupes de cépages ou « sorto-types » (le sorto-type Pinot englobe le Pinot franc, le Chardonnay, le Meunier, l’Aligoté, etc.). Ces « sorto-types » sont constitués de « sorto-groupes », soit de cépages et de leurs différentes variétés (le Pinot franc donne naissance au Pinot blanc, au Pinot gris, etc.).

Negrul ne sera pas seulement connu en URSS pour ses travaux théoriques. Avec son collègue Mikhaïl Semienovitch Juravlev, il développera de nouveaux cépages en croisant volontairement différents pieds de vigne provenant de diverses régions. Certains cépages comme le « victoire » (pobeda), le « VIR matinal » (rannii VIR), le « muscat ouzbek » (muskat uzbekistannskii) permettront à Negrul et son collègue de se voir décerner le prix Staline en 1948.

Le « Vir matinal » de Negrul et Juravlev

 

Pour atteindre les objectifs croissants déterminés par les organes de planification soviétiques, Negrul va proposer de planter une diversité de cépages dans des régions non viticoles comme en Asie Centrale et en Extrême-Orient, avec des succès variables. Il s’intéressera également au rôle du phosphore dans la photosynthèse, la fertilisation et la teneur en sucre des vignes.

 

À 71 ans (1971), après avoir publié près de 300 articles scientifiques sur l’ampélographie, il meurt à Moscou. Il aura formé toute une génération d’ampélographes qui lui rendront hommage en développant un cépage en son nom : la « mémoire de Negrul ». Cultivé dans différents pays de l’ex-URSS, ce cépage a la particularité de résister aux températures négatives (jusqu’à -24°C) et donne de grosses baies que l’on récolte en septembre-octobre.

Cépage Mémoire de Negrul (Source)

Rédigé par Guillem

Publié dans #Histoires et vin...

Commenter cet article