Aux origines caucasiennes du vin

Publié le 7 Août 2019

Par Guillem A.

Les vins du Caucase tendent à devenir de plus en plus populaires parmi les amateurs de vins. Mais que connaissons-nous vraiment de ce terroir ? Le Caucase ce n’est pas un pays, c’est une région du monde où les frontières entre États n’ont fait que changer depuis des millénaires. Où est le  Caucase exactement, « berceau » du vin ? En Géorgie ? En Arménie ? En Russie ? Si l’on s’intéresse aux recherches scientifiques portant sur la domestication du raisin dans cette région, les études successives remontent aux différentes périodes du néolithique (commençant vers 8000 av. J.-C.). Ces dernières années, les études archéologiques mettent en lumière différents sites qui se dispersent autant dans l’actuelle Géorgie qu’en Arménie. Le sujet étant politique, certains États où les peuples locaux sont de confession musulmane freinent les fouilles, d’autres États rouvrent massivement des champs de fouille pour mettre en avant leur identité et leur lien à la terre, mais aussi pour attirer des touristes. À cela s’ajoute le déplacement des frontières géographiques ces 30 dernières années dû aux guerres inter-étatiques et déclarations d’indépendance régionale successives.

Dans ce contexte, dire que le vin a été domestiqué dans tel ou tel pays devient une absurdité. Une chose est sûre, c’est que dans les mémoires locales, n’importe quel habitant du Caucase te dira que la Géorgie a été pendant l’Union Soviétique (1917-1991) sélectionnée pour produire du vin et l’Arménie du cognac (ou brandy). Cette spécialisation n’était cependant pas forcément représentative de la situation puisque pendant cette période des vins de la région de l’Aréni (en Arménie) se retrouvaient sur les tables du Kremlin. Aujourd’hui, les Géorgiens valorisent cet héritage soviétique en considérant que ce n’est pas un hasard que la Géorgie ait été choisie pour produire du vin, quand les Arméniens considèrent que cette décision était purement politique. Certains Arméniens, avides d’interprétation historique, vont même à considérer que Joseph Staline (dirigeant de l’Union Soviétique de 1924 à 1953) étant d’origine géorgienne a voulu privilégier les vins de son pays d’origine. De plus, à l’époque, la république soviétique produisant le plus de raisins dans le Caucase était ... l’Azerbaïdjan. En analysant plus attentivement, dans tout le Caucase, de nombreuses régions disposent d’une situation climatique et d’un terroir particulièrement enviable pour le développement de l’activité viticole.

Le vin du Caucase est souvent associé aux amphores. Le mot plus précis serait plutôt « jarre » puisqu’une amphore dispose généralement d’anses sur les côtés. Dans l’histoire ces jarres ou amphores n’étaient pas toutes réservées au vin, c’était pourrait-on dire le frigo de l’époque. Enterrées ou non dans le sol, à moitié ou totalement, les jarres (appelées Kvevri en géorgien, Karass en arménien ou Kuvshin en russe) sont fabriquées avec différentes sortes d’argile (suivant les régions). L’avantage de ce procédé ne réside pas seulement dans leur capacité à tenir une température constante, il permet aussi une oxygénation lente (comme avec du bois) de laisser le raisin exprimer toute sa complexité (sans l’influence du bois). Mais le raisin vinifié en jarre n’est pas l’unique procédé originel du Caucase. Dans le sud de l’Arménie poussent des chênes (chêne d’Axare) qui sont utilisés par les entreprises fabricant des tonneaux pour la filière viticole régionale.

En Arménie, les principaux cépages locaux sont l’Areni, le Karmrahyut, le Voskehat et le Kangun. En Géorgie, ce sont le Saperavi, le Mtsvane et le Rkatsitel*. En Russie, le Krasnostop - Zolotovski, le Sibirkovy et le Tsimlianski noir. Cela ne veut pas dire que l’on ne trouve pas de Syrah, de Cabernet sauvignon ou de Pinot noir dans le Caucase. Plantés pour la plupart dans les années 2000, les habitants que cela soit en Arménie, en Géorgie ou en Russie sont partagés sur la question. Certains considèrent que les cépages locaux sont les plus à même à faire ressentir le terroir et contribuent à renforcer l’identité locale, d’autres considèrent qu’il est nécessaire aux pays du Caucase de valoriser leur potentiel viticole en en produisant des vins que recherchent les consommateurs du marché viticole mondial et sortir de leur isolement économique. Le particulier qui tire une grande partie de ses revenus de la vente de vin sur les bords des routes du Caucase (que ce soit en Russie, en Géorgie ou en Arménie) est pragmatique : rien ne peut nous dire s’il ne coupe pas une partie de son vin avec de l’eau pour vendre plus, rien ne nous dit aussi qu’il a vinifié en amphore... ici, le touriste étranger n’a plus de repère. Pour trouver l’habitant qui se rapproche le plus d’un vin de terroir, il faut chercher, trouver des passionnés, des gens qui se posent des questions sur leur héritage, qui s’intéressent à leur histoire locale. Certaines traditions sont perdues, retrouvées, réinventées, améliorées. Des cépages locaux disparaissent, certains sont retrouvés dans la nature, replantés. L’histoire du vin, que ce soit dans le Caucase ou ailleurs évolue selon l’intérêt et les motivations que les habitants locaux leur donnent.

Il est très difficile de différencier le Kangun arménien du Rkatsiteli géorgien. Certains experts y voit juste une façon de revendiquer l’origine géographique d’un même cépage.

Photo de Guillem A., Arménie, région de l’Areni, 2019.

Photo de Guillem A., Arménie, région de l’Areni, 2019.

Rédigé par Guillem A.

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poussin 07/08/2019 17:20

Superbe article merci