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Cet article fait suite aux observations des vignerons intérrogés sur le sujet "Ils font des vins pour plaire"
2) Leurs visions du « vin plaisir »
● Le premier : « ce vin est fruité, […], pas de pesticides, pas de SO² ou de levures sélectionnées. C’est un vin sain, rapide à boire ».
La question des arômes est très relative, oui j’aime le fruit dans le vin, mais sur un vin jeune, puisque c’est de cela qu’il est question ici, j’aime les arômes de fruits frais. Hors on rencontre des vins jeunes, qui possèdent des arômes de fruits évolués, c'est-à-dire cuits, compotés, confits, et parfois également ces arômes de fruits sont synthétiques, cela ressemble à la fraise tagada par exemple, au lieu de la fraise des bois fraichement cueillie… Petite précisions, ce viticulteur se convertit au « bio ». Je suis pour le respect de la nature, vous connaissez mes opinions sur chacun des points exprimés, mais je ne vois pas en quoi cela garantit la notion de plaisir. Quant au fait que le vin soit sain, cela me parait être le minimum requis pour pouvoir être consommé. Le dernier bémol concerne le fait qu’il doit être rapide à boire, puisque quel est le rapport entre plaisir et temps ? Cela sous entend-il que s’il n’est pas jeune, un vin ne peut être assimilé à la notion de plaisir ?
● Le second :
« […], ce vin reflète son sol et son climat (= terroir), il se montre tel qu’il est, […] il est à bon prix, il ne
doit pas donner mal à la tête, et il ne doit pas ôter le contentement qu’on a eu à le boire la veille ».
Il met en avant le terroir et le prix du vin, encore une fois le vin de terroir n’est pas un gage de satisfaction à l’unanimité. Moi-même je défends les vins de terroir, mais est ce que je les aime tous et est ce que je les consomme tous, non bien sur, parce qu’ils ne correspondent pas tous mes goûts. Le critère du prix est une bonne chose pour le porte monnaie, mais il l’est moins pour le côté plaisir. Sur toutes les études qui ont été faites sur le vin, certaines ont démontré que si vous donnez 2 vins à gouter à un groupe de personnes, l’un fixé à un prix considéré peu onéreux et l’autre à un prix assez couteux, majoritairement les gens préfèrent celui qui a couté cher. Alors que l’on avait servi un grand cru, dans le verre « petit prix » et un vin bas-moyenne gamme, dans le verre « cher ». Cela démontre que des éléments extérieurs à la qualité intrinsèque du vin, comme le prix, influence le consommateur et par la même occasion, sa notion de plaisir.
Si le vin nous donne mal à la tête, il est logique qu’il ne soit plus « plaisir ». Et si un vin est encore très appréciable le lendemain de son ouverture et bien pour moi c’est plus un signe de qualité que de plaisir.
● Le dernier : « ce
vin est beaucoup moins alcooleux qu’avant, avec un équilibre entre tanins et fruits. Les tanins sont plus soyeux et murs, et les vins sont sur le fruit.
[…] »
Malheureusement pour lui, les vins de nos jours titrent entre 13° et 14,5° d’alcool, alors qu’il y a 10 ans ils titraient 12° en moyenne, et il y a 30 ans, on trouvait des vins à 10°-11°. Côté structure, je ne sais pas trop ce qu’il raconte, les tanins sont un élément de la structure, mais pas les arômes de fruits, aussi quand il parle de l’équilibre de ces 2 facteurs, je crois que cela n’a de sens que pour lui. Je rajouterai que les vins de garde, dont les tanins se sont fondus avec le temps, donne un plaisir différent, que lorsque le vin était jeune, mais différent ne veut pas dire moins « bon ».
Ce qui justifierait la production et la consommation de vins jeunes, tels que ces 3
vignerons souhaitent les présenter.
En conclusion, avez-vous remarqué que ces vignerons décrivent davantage ce qu’ils considèrent « qualité » dans le vin, plutôt que ce qu’est un « vin plaisir ».
La réponse est simple, mais peut être déplaisante. Globalement, un « vin plaisir » ne peut être défini en termes d’âge, de terroir, d’arômes, ou de je ne sais quoi encore. Un « vin plaisir », c’est subjectif, c’est celui qui vous fait plaisir à vous, vous, individuellement. Chaque consommateur a des préférences et il existe une immense variété de vins. Aussi il est raisonnable d’avoir conscience, que chacun peut trouver les vins qu’il aime, et qu’à la fois, il ne les aimerait jamais tous… Celui qui me fait plaisir, n’est pas forcément le votre et vice versa…
Entre nous, s’il arrivait que l’on puisse créer un « vin
plaisir » qui serait adopté par le monde entier, je penserai que c’est la fin de la diversité, diversité de cultures, de goûts, de personnalités….Soit un monde bien
inquiétant…
L’article nous informe succinctement des méthodes de vinifications et d’élevages de chacun des vignerons pour obtenir ces « vins plaisirs ». Je ne souhaite pas intervenir sur cette partie, parce que le sujet est survolé et que cela serait tirer des conclusions hâtives. Ils semblent rechercher la « qualité », maintenant la rechercher et l’obtenir sont deux choses différentes.
J’aime globalement les points de vue qu’ils défendent, je regrette simplement que « plaisir » et « qualité » soient confondues tout le long du sujet, comme nous l’avons vu auparavant. La notion de qualité n’a que peu d’importance face à la subjectivité du plaisir.
Naturellement, moi la première, je souhaiterai que les deux aillent de paire, mais ce n’est pas la réalité. De nombreux vins que je considère médiocres, sont beaucoup appréciés, et ceux que mon expérience juge de « qualité », ne conviennent pas forcément à la clientèle…
Si on intègre cette vérité, on s’aperçoit que le plaisir peut prendre bien des apparences, suivant la personne qui l’éprouve, et que les chemins pour l’atteindre sont infinis.
Je défends l’éducation et la compréhension du vin, parce que ce qui m’éclate dans un vin au-delà des sensations, c’est l’histoire qu’il a à raconter et
parce que je reste persuadée, que ceux qui n’éveillent pas leur curiosité, prennent plus de plaisir par l’alcool, que par le vin lui-même. Mais à chacun son rythme et ses besoins, après tout nous
ne sommes pas tous obligés d’attendre du vin, un plaisir abouti. Je crois que le plaisir de l’alcool est d’abord physique, tandis que de façon abouti, il nourrit également le cœur et l’esprit,
par l’accès à l’émotion profonde et comprise. Et malheureusement pour ressentir cela, il faut passer par l’intellectualisation, par la compréhension. Je ne me répèterai jamais assez. Vous
éprouvez de l’émotion pure en jouant de la musique, une fois que vous savez maitriser les bases et qu’elles sont entièrement acquises. Et bien le vin c’est pareil, soit vous vous contentez de
fredonner votre chanson préférée avec un plaisir relatif, soit vous savez la jouer et la chanter et vous vous envolez. Il y a plaisir et plaisir, que recherche-t-on quand on consomme, pour quels
besoins, avec quelles attentes, pour quel plaisir à l’arrivée… Tout dépend de soi finalement. Alors à vous de jouer !
Bonne journée
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