Suite, Qu'est ce qu'un vin qui plait ?

Publié le 27 Septembre 2017

Cet article fait suite aux observations des vignerons intérrogés sur le sujet "Ils font des vins pour plaire"

2) Leurs visions du « vin plaisir »

 

●  Le premier vigneron qui se convertit au bio dit : « le vin plaisir est fruité, […], pas de pesticides, pas de Soufre ou de levures sélectionnées. C’est un vin sain et rapide à boire ».

 

La notion de fruité est une question relative, puisqu'un vin "rapide à boire" induit une forme de jeunesse du vin ; la jeunesse induit des arômes de fruits frais, cependant, on constate de plus en plus de vins jeunes qui ne possèdent pas les caractéristiques des vins jeunes, tels que des arômes de fruits évolués, cuits, confits ou compotés qui sont davantage des caractéristiques de vins déjà maturés.

Donc la question des aromes de fruits pour assurer un vin de plaisir reste discutable d'autant plus que certains vins jeunes (ou non), de par leurs cépages, n'auront pas comme caractéristique aromatique le fruit, mais plutôt les épices ou les fleurs par exemple et ils n'en seront pas moins plaisants, mais juste différents.

Ensuite en tant que "nouveau" converti au bio, le vigneron prêche pour sa paroisse en précisant : "pas de pesticides, pas de soufre ou de levures sélectionnées". Même si j'adhère à cette démarche, je reconnais également que bien des vins ne remplissant pas ces critères peuvent être pour le consommateur des vins plaisants, mais ces choix de production ne sont pas des garanties de plaisir, ou de qualités malheureusement.

Quant à la notion de "sain", c'est bien la moindre des choses de produire et commercialiser un vin qui répond aux normes d'hygiènes requises pour être consommé. Mais là aussi quel rapport avec le plaisir ? 

 

 

●  Le second vigneron dit : « […], ce vin reflète son sol et son climat (= terroir), il se montre tel qu’il est, […] il est à bon prix, il ne doit pas donner mal à la tête, et il ne doit pas ôter le contentement qu’on a eu à le boire la veille ».

 

Il met en avant le terroir et le prix du vin, encore une fois le vin de terroir n’est pas un gage de satisfaction à l’unanimité. Moi-même je défends les vins de terroir, mais est-ce que je les aime tous, et est ce que je les consomme tous, non bien sur, parce qu’ils ne correspondent pas tous à mes goûts. Le critère du prix est une bonne chose pour le porte monnaie, mais il l’est moins pour le côté plaisir. Sur toutes les études qui ont été faites sur le vin, certaines ont démontré que si vous donnez 2 vins à gouter à un groupe de personnes, l’un fixé à un prix considéré peu onéreux et l’autre à un prix assez couteux, majoritairement les gens préfèrent celui qui a couté le plus cher. Alors que l’on avait servi un grand cru, dans le verre « petit prix » et un vin bas de gamme, dans le verre « cher ».  Cela démontre que des éléments extérieurs à la qualité intrinsèque du vin, comme le prix,  influence le consommateur et par la même occasion, sa notion de plaisir.

Si le vin nous donne mal à la tête, il est logique qu’il ne soit plus « plaisir ». Et si un vin est encore très appréciable le lendemain de son ouverture et bien pour moi c’est plus un signe de qualité que de plaisir.

 

●  Le dernier vigneron dit: « ce vin est beaucoup moins alcooleux qu’avant, avec un équilibre entre tanins et fruits. Les tanins sont plus soyeux et murs, et les vins sont sur le fruit. […] »

 

Malheureusement pour lui, les vins de nos jours titrent entre 13° et 14,5° d’alcool, alors qu’il y a 10 ans ils titraient 12° en moyenne, et il y a 30 ans, on trouvait des vins à 10°-11°. Côté structure, je ne sais pas trop ce qu’il raconte, les tanins sont un élément de la structure, mais pas les arômes de fruits, aussi quand il parle de l’équilibre de ces 2 facteurs, je crois que cela n’a de sens que pour lui. Je rajouterai que les vins de garde, dont les tanins se sont fondus avec le temps, donne un plaisir différent, que lorsque le vin était jeune, mais différent ne veut pas dire moins « bon ».

Ce qui justifierait la production et la consommation de vins jeunes, tels que ces 3 vignerons souhaitent les présenter.

 

En conclusion, avez-vous remarqué que ces vignerons décrivent davantage ce qu’ils considèrent « qualité » dans le vin, plutôt que ce qu’est un « vin plaisir ».

La réponse est simple, mais peut être déplaisante. Globalement, un « vin plaisir » ne peut être défini en termes d’âge, de terroir, d’arômes, ou de je ne sais quoi encore. Un « vin plaisir », c’est subjectif,  c’est celui qui vous fait plaisir à vous, individuellement. Chaque consommateur a des préférences, et il existe une immense variété de vins. Aussi il est raisonnable d’avoir conscience, que chacun peut trouver les vins qu’il aime, et qu’à la fois, il ne les aimerait jamais tous… Celui qui me fait plaisir, n’est pas forcément le votre…

Entre nous, s’il arrivait que l’on puisse créer un « vin plaisir » qui serait adopté par le monde entier, je penserais que c’est la fin de la diversité, diversité de cultures, de goûts, de personnalités….Soit un monde bien inquiétant…

 

L’article nous informe succinctement des méthodes de vinifications et d’élevages de chacun des vignerons pour obtenir ces « vins plaisirs ». Je ne souhaite pas intervenir sur cette partie, parce que le sujet est survolé et que cela serait tirer des conclusions hâtives. Ils semblent rechercher la « qualité », maintenant la rechercher et l’obtenir sont deux choses différentes.

 

J’aime globalement les points de vue qu’ils défendent, je regrette simplement que « plaisir » et « qualité » soient confondues tout le long du sujet, comme nous l’avons vu auparavant. La notion de qualité n’a que peu d’importance face à la subjectivité du plaisir.

Naturellement, moi la première, je souhaiterai que les deux aillent de paire, mais ce n’est pas la réalité. De nombreux vins que je considère médiocres, sont beaucoup appréciés, et ceux que mon expérience juge de « qualité », ne conviennent pas forcément à la clientèle…

Si on intègre cette vérité, on s’aperçoit que le plaisir peut prendre bien des apparences, suivant la personne qui l’éprouve, et que les chemins pour l’atteindre sont infinis.

 

Je défends l’éducation et la compréhension du vin, parce que ce qui m’éclate dans un vin au-delà des sensations, c’est l’histoire qu’il a à raconter et parce que je reste persuadée, que ceux qui n’éveillent pas leur curiosité, prennent plus de plaisir par l’alcool, que par le vin lui-même. Mais à chacun son rythme et ses besoins, après tout nous ne sommes pas tous obligés d’attendre du vin, un plaisir abouti. Je crois que le plaisir de l’alcool est d’abord physique, tandis que de façon abouti, il nourrit également le cœur et l’esprit, par l’accès à l’émotion profonde et comprise. Et malheureusement pour ressentir cela, il faut passer par l’intellectualisation, par la compréhension. Je ne me répèterai jamais assez. Vous éprouvez de l’émotion pure en jouant de la musique, une fois que vous savez maitriser les bases et qu’elles sont entièrement acquises. Et bien le vin c’est pareil, soit vous vous contentez de fredonner votre chanson préférée avec un plaisir relatif, soit vous savez la jouer et la chanter et vous vous envolez. Il y a plaisir et plaisir, que recherche-t-on quand on consomme, pour quels besoins, avec quelles attentes, pour quel plaisir à l’arrivée… Tout dépend de soi finalement. Alors à vous de jouer !


Bonne journée 

Rédigé par Emilie Merienne

Publié dans #Mondialisation

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