Et si le vin était une boisson pour gens matures ?

Publié le 9 Décembre 2013

Et si le vin était une boisson pour gens matures* ?  

* Les plus de 30 ans et plus, plus, plus…

Pour une fois, je vais vous parler un petit peu de moi et de mon parcours ; peut être ne devrai-je pas le faire, mais je pense qu’il y a prescription maintenant.

Quand j’ai commencé mon apprentissage du vin, j’avais 15 ans. A 15 ans, bien évidemment il est interdit de boire du vin. Et de toute façon, je n’aimais pas le goût du vin ! J’ai d’abord appris à gouter, déguster, parce que cette compétence faisait partie ma formation professionnelle et non parce que je consommais, ou souhaitais consommer du vin. Pour être honnête, j’ai travaillé pendant des années sans consommer du vin. J’ai conscience que cela peut sembler choquant, mais je suis une excellente dégustatrice, et le vin a l’avantage de me procurer une grande stimulation à la fois des sens (goût et odorat), de l’émotion (j’ai beaucoup de plaisir à ressentir un vin) et cérébrale (comprendre l’histoire d’un vin, de la terre au verre, me passionne).

Ainsi étant à tout point de vue combler par la complexité de ce produit, j’abordais le vin avant tout comme une expérience, avant d’y rechercher ces effets euphorisants… J’ai vraiment commencé à consommer du vin vers 22-23 ans… A cet âge, j’avais principalement des amis du même âge que moi, et ils ne consommaient pas de vins ; j’avais concrètement très peu d’occasions personnelles d’en consommer et je ne me constituais pas de cave, du fait du coût de l’investissement, mais aussi parce que je ne voyais pas quand boire et avec qui.

Pendant longtemps, je me suis sentie très jeune dans le milieu du vin, aujourd’hui avec l’expérience, ce sentiment a disparu, et je souris quand je croise de jeunes personnes, peu nombreuses dans la profession…

Je crois que j’ai appris à aimer le vin, je crois que ça n’a jamais été une évidence et que cela ne l’est pour personne. J’ai l’impression que pour aimer le vin, il faut quelques expériences,  pour apprivoiser cette boisson particulière, jusqu’à une rencontre ! La rencontre, qui va bouleverser notre approche, notre envie… Cette rencontre, c’est non seulement celle d’un vin, mais celle d’une personne, parce que ce jour-là, à ce moment précis, il se sera passé quelque chose de différent, un plaisir plus intense, plus profond, on aura été touché au point de se souvenir et d’avoir envie de plus que d’avaler sa gorgée de vin d’un trait… On voit enfin un chemin de découverte, qui ne nous était pas accessible avant… Je crois que pour bien des personnes, le vin c’est une révélation, il y a un avant et un après. Avant on ne buvait pas, ou on buvait pour boire… Mais après « la révélation » on ne peut plus boire pour boire, on commence à s’intéresser, à se questionner, à devenir plus sélectif et exigent, le consommateur se transforme en amateur curieux et ouvert, enfin on l’espère…

Il est rare que les gens aient cette révélation à 20 ans… Je crois que l’on ne peut accéder au vin, que lorsque l’on est prêt à comprendre ce que cela implique de s’initier à ce produit si complexe… On y est prêt plus ou moins tôt, il se passe généralement un long apprentissage entre le moment où la démarche se manifeste et le moment où l’on commence à savourer sans plus penser…

Nous ne sommes pas égaux, certains apprendront plus rapidement que d’autres. J’ai le sentiment que le vin n’est pas accessible à tout le monde, uniquement à cause de la maturité émotionnelle et intellectuelle qu’il implique pour être apprécié à sa juste valeur, auquel cas on passe très simplement à côté de lui, sans le voir vraiment.

Voilà pourquoi je pense que le vin est une boisson pour personnes matures, parce que l’implication qu’il exige pour être compris et apprécié, ne peut être faite qu’en toute conscience par des personnes qui ont la volonté de dépasser le simple effet euphorisant de l’alcool. Sans oublier, que cela peut avoir un coût un peu élevé aussi….

Je ne le répèterai jamais assez, pour accéder au plaisir du vin, il faut être détendu, et non boire pour se détendre. Dans le premier cas on est disponible pour savourer, dans le second cas, l’alcool est le moyen de nous rendre disponible, mais à quoi peut-on être disponible, une fois euphorisée ? Voilà ce qui différencie le consommateur-dégustateur, du consommateur-picoleur.

 

Bonne journée

Rédigé par Emilie Merienne

Publié dans #La Dégustation

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achat vin 13/12/2013 15:32

Encore un article fort intéressant !!