Jacques Puisais, éducateur et défenseur du goût !

Publié le 5 Octobre 2015

Vitisphère a conservé une partie de l’interview de Jacques Puisais, fondateur de l'Institut Français du Goût, qui fût publiée par le Figaro, le 7 février dernier.

Le sujet ne manque pas d’intérêt, je vous laisse le découvrir et vous faire votre propre avis, bonne lecture !

 

Quel est l’enjeu de cet apprentissage du goût que vous cherchez à développer ?

 

Jacques Puisais : Se réapproprier ses sensations est essentiel. Si plus personne ne goûte, l’alimentation n’est plus pensée. Et n’importe quel expert vient goûter à votre place, vous dicter ce que vous ressentez, que ce soit au nom de normes sanitaires ou hygiéniques, ou dans un but de profit. Réapprendre à goûter, c’est se libérer de ce discours extérieur, s’émanciper de l’aliénation la plus profonde qui soit, puisqu’elle touche nos sens et notre mémoire.

 

Pourquoi accordez-vous une telle importance au vocabulaire des sensations ?

 

J. Puisais : Il suffit d’interroger des adultes pour s’apercevoir qu’ils ont du mal à s’exprimer sur ce qu’ils mangent et boivent. Ils n’ont pas les mots. Et c’est encore beaucoup plus clair pour les jeunes. Dans un groupe de quinze, une seule adolescente a su reconnaître les odeurs classiques que je lui soumettais, thym, basilic… « C’est grâce à ma grand-mère », m’expliqua-t-elle. Or, si on a les mots pour parler de son ressenti, le plaisir n’est plus perdu, il devient un acquis, un vécu. Au contraire, quand on ne parle plus de ce qu’on ressent, l’acte alimentaire, ou toute autre action, devient purement mécanique. Le sensoriel est la source la plus importante de vocabulaire, et si l’enfant apprend à nommer ce qu’il mange, à choisir entre les adjectifs doux, douillet ou fin pour qualifier sa sensation, il est prêt pour aborder tous les éléments de la vie.

 

En quoi est-il utile de développer cet apprentissage à l’école ?

 

J. Puisais : Former les enfants à goûter, c’est leur permettre d’aborder toutes les disciplines scolaires en leur donnant envie d’apprendre. Il ne s’agit pas seulement de retrouver un équilibre alimentaire, mais aussi de découvrir la saisonnalité, de comprendre l’endroit de la Terre où l’on vit, et le travail des hommes qui y sont implantés…

 

Le dernier livre de Jacques est "Et si nous refusions la macdonaldization du goût", édition Délicéo, 21€ (160p).

   

Prochainement il y aura une vidéo, où Jacques nous parle du terroir. 

 

Bonne journée

Rédigé par Emilie Merienne

Publié dans #Vu dans la Presse...

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