La stabilisation tartrique du vin, par électrodialyse

Publié le 3 Septembre 2014

Il se forme fréquemment dans les bouteilles de vin des dépôts de tartre, sous forme de cristaux, peu appréciés par le consommateur, car ils sont assimilés à des défauts.

La méthode utilisée traditionnellement, pour limiter ce phénomène, est un traitement par le froid. C'est-à-dire que le vin est réfrigéré entre -4°C et 0°C, afin de provoquer la précipitation des sels de l'acide tartrique. Le procédé par le froid est limité, puisque sur les vins rouges, la précipitation des sels ne s’effectue pas complètement.

C’est pourquoi, différents industriels ont travaillé sur l'amélioration technique de ce procédé, afin de trouver des méthodes alternatives pour assurer la stabilisation tartrique des vins.  L’Inra a fait de même et suite à des recherches, il a mis au point, en partenariat avec la société Eurodia, un procédé de stabilisation tartrique utilisant l'électrodialyse, qui permet d'éviter complètement l'apparition des dépôts.

 

Principe et conception de l'appareil

 

L'électrodialyse consiste à extraire certains ions d'une solution, par migration, au travers de membranes sélectives soumises à un champ électrique.

Dans le vin, l'acide tartrique est présent sous forme d'ion bitartrate et d'ion tartrate, qui réagissent respectivement avec l'ion potassium et l'ion calcium pour constituer le tartrate acide de potassium et le tartrate neutre de calcium, tous deux peu solubles. En éliminant à la fois l'acide tartrique et le potassium, l'électrodialyse contribue à une stabilisation des précipitations tartriques.

 

La réalisation du stabilisateur tartrique par électrodialyse a nécessité :

- la mise au point de membranes spécifiques :

La composition d'un vin est complexe, les membranes doivent être sélectives vis-à-vis des ions à éliminer : potassium, calcium d'une part et acide tartrique d'autre part. L'alcool, les composés volatils, les arômes, l'acidité volatile ne doivent pas être affectés, par le traitement. Pour cela, une gamme de membranes a été testée sur un pilote de laboratoire, tant au niveau de la sélectivité d'extraction que de la résistance à l'encrassement.

- la conception d'un système de contrôle-commande :

Ce système permet d'ajuster le niveau de traitement à chaque vin en fonction de son instabilité, en n'éliminant que la quantité d'acide tartrique et de potassium nécessaire. Le mode de conduite rend le procédé entièrement automatique et assure sa fiabilité, car seuls les ions présents en sursaturation sont éliminés.

 

L'évaluation technico-économique montre que le stabilisateur tartrique par électrodialyse est concurrentiel des techniques traditionnelles : plus fiable et flexible, il est également moins onéreux que le traitement par le froid.

Un des principaux critères d'évaluation de ce nouveau procédé portait sur le respect de la qualité organoleptique du vin. Au niveau de l'analyse sensorielle, le vin ne devait pas être modifié par le traitement. La nature appropriée du procédé et des conditions de mise en œuvre très douces (faible pression de travail, faible vitesse de pompage, inertage) ont facilement permis d'atteindre cet objectif.

 

Recherche et développement

 

La mise au point du procédé a associé l'Institut supérieur de la vigne et du vin, la station expérimentale de Pech-Rouge, le laboratoire des Polymères et techniques physico-chimiques et la société Eurodia. L'innovation a été brevetée par l'Inra.

Les expérimentations ont été menées dans le cadre d'une demande européenne d'agrémentation du procédé sous la conduite de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes). Après avoir mené un travail de thèse, les chercheurs de l'Inra ont conduit les expérimentations pendant 3 années au niveau d'un grand négoce (Chaix Beaucairois, groupe Casino, pour l'établissement du dossier d'agrément) puis dans les grandes régions vinicoles françaises ainsi qu'en Espagne et en Italie. En cinq années, plusieurs dizaines de qualités de vins ont été traitées sur quelques millions d'hectolitres. Le dossier est maintenant en phase d'autorisation finale à Bruxelles (DG VI) pour les AOC.

Le stabilisateur tartrique par électrodialyse a reçu en 1995 la médaille d'or du Sitevi (plus important salon viticole et œnologique de France) dans la catégorie « Vinification-œnologie ». Pour les AOC, la commercialisation est réalisée dans le cadre d'un accord de sous-licence, par la société Boccard en France et en Espagne, et Vason en Italie. Cinq unités de capacité de traitement allant de 40 hl/h à 90 hl/h étaient fonctionnelles en 1998 sur vin de cépage. Les unités peuvent être mobiles et installées sur un petit camion pour permettre le traitement à la propriété.

Ce procédé n'est que l'une des techniques à membranes appliquées aux produits de la vigne : l'électrodialyse est également utilisée pour élaborer des sirops de raisin, la microfiltration tangentielle sert à la clarification et la stabilisation microbiologique des vins et des moûts, l'osmose inverse permet la concentration des produits ou la désalcoolisation partielle des vins.

Source : Inra

Rédigé par Emilie Merienne

Publié dans #Dans le Chai - Oenologie...

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