Suite, Quelle est l'importance du négoce, en France ?

Publié le 21 Février 2012

Précédemment, nous avons resitué l’activité de négoce, et nous avons présenté les régions, dont la part, de vins commercialisés par le négoce, était inférieure à 60%.

 

Voici les régions, où le négoce est supérieur à 60% :

 

Ceux qui sont satisfaits dans l’ensemble, par les échanges, avec le négoce :

 

A Bergerac, c’est positif, les cours sont stables et rémunérateurs. Les vignerons se rassemblent, les partenariats se multiplient, l’offre et la demande sont équilibrées.

72% des ventes de Bergerac, passent par le négoce. (Castel, Producta, Parsa et Rigal)

 

En Roussillon, la relation entre négociants et viticulteurs semble apaisée et sereine pour l’avenir. De nombreux partenariats sont mis en place, en cohérence avec les échanges spécifiques à chaque appellation. Pour exemple, l’AOC Rivesaltes étant mieux valoriser sur le marché, les producteurs de Grand Roussillon, pouvant produire du Rivesaltes, vendent plus cher en Rivesaltes aux négociants, au lieu de proposer du Grand Roussillon. De cette façon, tout le monde est gagnant. On observe le même phénomène sur l’AOC Côtes du Roussillon Village qui est mieux valorisée que l’AOC Côtes du Roussillon, aussi les volumes sont significativement réduits, sur cette AOC.

Le négoce représente 73% des ventes de vins d’AOC du Roussillon, les premiers acheteurs sont : Vignerons catalans en Roussillon, Bourdouil (groupe la Martiniquaise) et Trilles (groupe Val d’Orbieu).

 

Situation exceptionnelle à Cognac, où le négoce brasse 95% du Cognac produit et commercialisé. C'est-à-dire que les 4 marques de Cognac, les plus connues, se partagent largement le gâteau, soit 80% de la production ; il s’agit d’Henessy, de Martelle, de Courvoisier et de Rémy Martin.

96% des ventes se font à l’export. Les viticulteurs qui pratiquent la vente directe ne représentent que 5% des ventes.

Que dire d’autres ? En grande partie les accords sont écrits, bon gré, mal gré…

Les viticulteurs n’ont pas ou peu de marges de manœuvre, dépendant du négoce. Sans dire qu’ils sont exploités, ils sont globalement plus ou moins satisfaits, en tout cas, ils ne se plaignent pas.

 

En Champagne, les financiers semblent mener le jeu. 70% de la production est destinée au négoce et le géant LMVH profiterait de son poids, pour faire du chantage aux producteurs. Soit les rendements sont limités à la baisse, soit les contrats d’achats ne seront pas renouvelés… Même si les viticulteurs ne craignent pas trop de trouver d’autres acheteurs, cette méthode vient semer le doute et trouble les relations cordiales qui existaient depuis longtemps. Les producteurs ne nient pas avoir trouvé leur compte, grâce au négoce qui exporte de gros volumes, mais ils ont le sentiment d’avoir désormais le revers de la médaille. Malgré l’action individuelle de LVMH pour influencer l’activité, l’ensemble se satisfait de la situation actuelle. Les producteurs restent méfiants, mais ils ont besoin des négociants, autant que les négociants ont besoin d’eux, aussi préserver un climat de confiance et de partenariat est essentiel pour rebondir. Cette région est une des rares, où négoce et production coprésident le comité interprofessionnel, un signe positif pour la communication et des négociations équitables.

Les 3 plus gros négociants : LVMH (Moët et Chandon, Veuve Clicquot, Ruinart, Krug et Mercier), le groupe Rémy Cointreau (Piper-Heidseick et Charles Heidsieck) et le groupe Pernod Ricard (Mumm, Perrier-Jouët).

 

A Gaillac, il y a davantage d’offres que de demandes, aussi le négoce a le choix, et peut influencer le cours du vrac. Globalement, il déclasse l’appellation en Vin de Pays, ayant plus de marges de manœuvre sur les cuvés de Gamay, dont la demande progresse, et les assemblages…Ils ont du pouvoir, mais n’en abuse pas trop, a priori, puisque les vignerons ne se plaignent pas.

Avant la part de négoce sur l’AOC Gaillac était de 25%, aujourd’hui, elle atteint difficilement les 12%. Par contre, elle est de l’ordre de 66% sur les vins de Pays -Côtes du Tarn-. Les gros négociants de la région : Fiée des Lois, Castel et Chais Beaucarois.

 

Ceux qui vivent une situation difficile :

 

Dans le Beaujolais, on se veut confiant et volontaire pour assurer au mieux l’avenir, mais il semblerait que ce ne soit qu’en apparence. Les producteurs ne comprennent pas le marché, auquel ils sont soumis. Les cours du primeur (Beaujolais nouveau) sont constamment revus à la baisse, même quand les volumes et la qualité sont là, pour répondre à la demande de la grande distribution, qui fait pression sur le négoce. Cette étape crée la rupture pour négocier ensuite les prix des appellations –village- et des crus. Les contrats verbaux ou écrits, sont peu ou mal respectés. Les tentatives de regroupements, pour parler fort d’une seule voix furent jusqu’à présent des échecs.

L’offre est éclatée, la demande aussi, chacun dans son coin essaye de trouver des solutions, mais peu y gagne réellement. Autre cause, de cet imbroglio, ce sont les courtiers qui se font échantillonner et qui sélectionnent pour le négoce, fournisseurs et acheteurs ne se rencontrent plus et ne communiquent pas, ce qui explique en partie, la mésentente et la médiocrité de leur relation.

Avec 74% de négoce dans la région, les producteurs sont nombreux à en dépendre.

Les négociants principaux sont : Georges Duboeuf, le groupe Boisset et Vins Loiron et fils (groupe Louis Jadot).

 

Bordeaux, la situation semble critique, le négoce représente 75% des ventes et les cours s’effondrent. De nombreux viticulteurs vendent la totalité de leur production en vrac, et dépendent totalement du négoce. Il n’existe pratiquement pas de partenariats, les volumes sont importants à écouler et les négociants ne sont pas pressés de renouveler leurs achats. Entre les prix qui sont en dessous des couts de production, les quantités produites, et la demande qui est en baisse, comment les viticulteurs vont-ils pouvoir se sortir de cette situation ? Cela a toujours été difficile, mais depuis la crise, cela ne cesse de s’aggraver. Certains prétendent ne pas pouvoir se passer du négoce, y trouvant même des avantages, pourtant d’autres prônent l’indépendance en recommandant aux vignerons de vendre en direct en bouteilles. Une solution se profile pour réduire les abus, et rehausser les cours, elle serait de limiter le nombre d’intermédiaires, pour faire redescendre une partie des marges, vers la filière productrice, mais comment la mettre en pratique et obtenir les résultats espérés ? A cette annonce, les courtiers pensent que leur métier va disparaître…

Ce qui est sur, c’est que les négociants ont trop de volumes à écouler actuellement, et que cette donnée n’est pas favorable pour rémunérer les producteurs correctement.

Les viticulteurs n’ont pas d’autres choix que de se prendre en main ou de subir.

Les 3 premiers négociants : Castel, Baron Philippe de Rothschild, Caves de Landiras (Grands chais de France et CVBG).

 

Le Pays Nantais, région du Muscadet, a vu une succession d’évènements disparates, venir compliquer sa situation. Avant 2007, le négoce était principalement familial et local, on peut considérer que tout se passait bien, les relations datant de longues durées et les interlocuteurs étant nombreux. Mais depuis, deux géants du négoce, Castel et Grands chais de France, sont venus s’installer, rachetant de plus petits négociants, et modifiant le paysage des échanges. Ensuite en 2008, il y eut du gel qui réduisit considérablement l’offre. Ces deux principaux facteurs eurent pour conséquences de déstabiliser totalement le marché, créant de fortes tensions. Les viticulteurs ont privilégié la vente directe en bouteilles. Du coup, les prix ont flambés et les volumes ne pouvaient raisonnablement pas répondre à la demande des négociants, ils perdirent des contrats. Ils se sont légèrement rabattus sur le haut de gamme, avec les Muscadet sur lie, mais cette solution est temporaire. Le problème est de taille, étant donné qu’il s’agit de la première appellation mondiale mono-cépage, en termes de volume produit. Il faut fournir et quand on ne peut pas, tout le monde est mécontent, ce qui semble disproportionné étant donné, qu’on ne peut maitriser le climat, et que cela fait partie des règles du jeu, que l’on soit vigneron, négociant ou distributeur. Les rancœurs doivent s’effacer, pour faire place à l’avenir. Les deux parties veulent construire de nouvelles bases, alors il ne reste plus qu’à le faire.

Poids du négoce : 70% des ventes. Premiers acheteurs : Castel, Grands chais de France et Borie Manoux.

 

Une partie de la Vallée du Rhône souffre du négoce pour l’appellation Côtes du Rhône. Le négoce local s’est nettement réduit, de petits négociants ayant périclités, ou ayant été rachetés par de gros négociants extérieurs, qui privilégient les appellations villages et les crus, au détriment de l’appellation régionale. L’offre est devenue supérieure à la demande et les prix d’achat sont inférieurs au cout de revient des producteurs. Environ 30 à 40% de l’offre, sont soumis à ce marché fluctuant.  Mais le reste semble assez bien valorisé, grâce à des partenariats solides, installés sur la durée. Les caves coopératives se rassemblent ou se développent également pour vendre davantage en bouteilles et dépendre moins du négoce.

En tête du négoce : Le Cellier des Dauphins, Raphael Michel et Trilles (groupe val d’Orbieu).

 

En Languedoc, le négoce c’est 84% des vins de Pays produits.

D’une manière générale, les cours sont en dessous des couts de production. L’offre est tellement large et éclatée que personne ne s’y retrouve. La concurrence entre négociants est très sévère, les écarts de prix sont très importants et les règles de la compétitivité semblent remises en question. Les viticulteurs les plus malins s’en tirent bien, les autres subissent… La réorganisation des groupements de vignerons et caves coopératives est nécessaire, mais comment la mettre en place pour réguler équitablement l’activité ? Les deux camps semblent au moins d’accord sur un point, ils accusent la grande distribution de bénéficier d’un trop grand pouvoir de décision et de mener le jeu des négociations tarifaires… Considérant qu’ils ont le même « ennemi », peut être aboutiront-ils à une entente, pour améliorer ensemble leur situation.

Les 3 principaux négociants sont : Castel, Les Grands chais de France et Jeanjean.

 

Mes conclusions

Dans les faits, on constate que le négoce local entretient de meilleures relations, avec les producteurs, que les géants extérieurs.

Ce sont les géants extérieurs qui font le plus pression sur les cours du vrac. On ne sait pas trop, si eux-mêmes subissent la pression de la grande distribution, ou s’ils sont de mèches.  En tout cas, à l’arrivée, il semblerait que ce sont les gros distributeurs, qui ont le dernier mot et qui définissent l’offre, telle qu’elle les arrange, au national et à l’international..

Tant que les producteurs sont rémunérés au dessus de leur cout de revient, quelque part, le négoce peut faire ce qu’il veut, dés que l’une des parties est perdante, rien ne va plus, ou du moins cela se complique nettement.

Globalement les régions qui se portent bien, sont celles dont la part de négoce est raisonnable, où le marché est principalement local, et où les négociants sont propriétaires eux-mêmes.

Ce gros dossier montre et explique assez bien, quel est le négoce au service du vin et celui qui est purement financier. Certains valorisent le travail du vigneron et d’autres ne pensent qu’au prix et au volume.

Je regrette de ne pas avoir de chiffres sur la répartition négoce local et négoce extérieur, pour voir, quel poids représente la grande distribution, que je tiens en partie responsable, des problèmes de la filière viticole.

 

J’espère que ces informations vous aideront à avoir une vue d’ensemble du chemin parcouru, par le vin, du producteur au revendeur. Cela fait beaucoup de données, et je peux comprendre qu’elles ne vous paraissent pas essentielles. Pourtant, à chaque fois, que quelqu’un achète un vin, issu du négoce « abusif », il lui donne son pouvoir et participe indirectement à la situation difficile que vivent certains vignerons.

Le but n’est pas de vous culpabiliser, mais que vous soyez conscients, pour être des consommateurs responsables. Si vous savez, vous pourrez transmettre à votre tour.

A notre niveau, nous pouvons tous faire un geste, aussi petit soit-il.

A titre indicatif, sachez que plus de 60% des achats de vins, par les particuliers, sont effectués en grande distribution.

 

Bonne journée

Rédigé par Emilie Merienne

Publié dans #Vu dans la Presse...

Commenter cet article

Ben 29/08/2016 10:50

Bonjour,
Quelles sont vos sources ?
Merci par avance
Cdlt

Emilie Merienne 29/08/2016 11:16

C'était dans un dossier du magazine la Vigne

nounou 29/11/2011 14:05

Bonjour,
je vous remercie pour toutes ces informations.

Pascaline