Vendange mécanique ou manuelle ?

Publié le 14 Septembre 2017

Idéologiquement, on pourrait penser que les vendanges manuelles sont recommandées ou préférables pour récolter le raisin, parce que la machine ne peut remplacer la précision de l’homme.

 

Pourtant l’homme est faillible, et dans un contexte où ce dernier manquerait de soins ou de justesse, on est en droit de se demander si la machine, dans certains cas, ne serait pas plus adaptée.

 

Je discute souvent avec les vignerons, sur les choix qu’ils appliquent à leur domaine et la majeure partie des raisons qui expliquent leurs décisions de conduite, sont souvent liées à des questions de coût, plus qu’à celle de la qualité et du résultat.

 

Evidemment, cela se comprend, encore plus particulièrement en ces périodes difficiles pour l’agriculture, en général.

Nous savons, que comparativement entre ces 2 méthodes, employer des saisonniers pour les vendanges, coute plus cher, que l’amortissement d’une machine…

Pourtant, une vigneronne m’a présenté un autre angle de vue, pour justifier ces choix.

 

Dans son cas, elle possède des vignes de Chardonnay et de Pinot noir.

Elle m’a expliqué que les caractéristiques de ces 2 cépages diffèrent concernant l’évolution de leur maturité, ainsi que leur fragilité sur les grappes et sarments…

 

Aussi, elle choisit de vendanger à la machine le Chardonnay, parce que la machine permet un tri naturel efficace. C'est-à-dire que lorsque le raisin n’est pas arrivé à maturité, il est suffisamment  résistant, il reste bien accroché, pour ne pas être emporté par la machine.

Tandis que le Pinot noir, plus fragile, ne supporte pas le passage de la machine, lorsqu’il n’est pas mur. Donc pour ne pas risquer, de récolter les raisins qui ne sont pas prêts, elle choisit cette fois, les vendanges manuelles.

D’autre part, elle m’a confirmé, avoir travaillé par le passé, avec des vendangeurs saisonniers peu performants, qui pouvaient se tromper, dans le choix des grappes à récolter.

 

Ses parcelles de Chardonnay étant plus importantes en surface, elle est satisfaite de pouvoir utiliser la machine. A savoir, que les modèles récents sont vraiment efficaces et pratiques, avec des options de réglages, qui permettent une grande adaptabilité au terrain et contraintes…

Et pour ses parcelles de Pinot noir, plus petites, elle les vendange à la main, avec des gens de la région, qui connaissent la vigne.

 

Les informations que cette vigneronne m’a transmise,  nous donne l’occasion de dépasser l’idéologie et de comprendre, qu’il peut y avoir des raisons sensées, qui soutiennent la méthode mécanique, et qui ne sont pas liées uniquement au cout, parce que dans certains cas, elle est plus efficace que l’homme.

 

Extrait de Terre de vins :

Les vendanges manuelles sont déjà obligatoires en Champagne ou en Beaujolais. La Bourgogne s'interroge.
Les propriétaires de cinq monopoles des Côtes de Nuits ont demandé la modification unilatérale de leurs cahiers des charges pour y ajouter l’interdiction de l’usage de machine à vendanger dans leurs domaines. Si les domaines à l’origine de cette requête pratiquent déjà des vendanges exclusivement manuelles, leur initiative se veut être l’amorce d’une interdiction des machines à vendanger généralisée à l’ensemble des Grands Crus de Bourgogne pour 2014.

« 5 % des Grands Crus bourguignons ont recours à des machines à vendanger, mais ça suffit à ternir notre image », confiait récemment Louis Michel Liger Belair (président de l’Union des Grands Crus de Bourgogne) au magazine britanniqueDecanter.

Depuis leur apparition dans les vignobles français dans les années 1970, la mauvaise réputation qualitative des vendangeuses mécaniques perdure. L’Institut Français de la vigne et du vin (IFV) constate pourtant que bien maîtrisée et préparée (aussi bien au vignoble qu’en cave) la vendange en machine donne d’aussi bons résultats que la vendange manuelle. Elle n’est cependant pas forcément adaptable à toutes les situations. Les fortes pentes (communes dans le vignoble bourguignon) ne leur réussissent pas, comme la sensibilité de certains cépages au traitement mécanique (c’est le cas du pinot noir). Comme pour tout travail effectué en tracteur, les risques de tassement et de dégradation des sols doivent être pris en compte. Actuellement, les seuls vignobles français à interdire par décret de l’INAO l’utilisation généralisée des machines à vendanger sont ceux spécialisés dans les effervescents (Champagne, Limoux...) et la macération carbonique (Beaujolais). Les vendanges manuelles sont également obligatoires pour des appellations pratiquant des tries précises (Sauternes, Jurançon,...).

 

Bonne journée

Rédigé par Emilie Merienne

Publié dans #Ô Vigne !

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aurelie 02/12/2012 12:18

Bonjour,

Pouvez-vous m'indiquer de quelle vigneronne il s'agissait?

J'ai trouvé l'article très intéressant.

Cordialement,
A.M

Philippe MARGOT 08/11/2009 09:01


La machine à la machine ne prélève bien que les grains. Ne limite-t-elle pas le processus oenologique qui suit ?
Je n'ai jamais eu l'occasion de voir des raisins sortant de la machine. Sont-ils encore entiers et pas trop abîmés ?
Les adeptes de vendanges non éraflées pour débuter la vinification ne peuvent pas utiliser ce moyen de récolte.
Ne serait-ce pas le début des vins uniformes ?


Emilie Merienne 08/11/2009 09:43


Bonjour Philippe, pour ma part, les vins uniformes sont la conséquences de méthodes oenologiques telles que la micro-oxygénation, la flash détente ou l'élevage grossier en bois...
J'ai gouté les Chardonnay de cette vigneronne et ils possédaient un caractère propre, ce qui les opposent à l'uniformisation. A l'aveugle, je serai bien incapable de savoir quel vin est vendangé à
la main ou non. Alors que je reconnais presque toujours les vins technologiques issus de méhodes que je ne cautionne pas. Il est vrai que la machine n'est pas très soigneuse, mais l'être humain ne
l'est pas forcément. Maintenant, je ne vois pas comment la machine pourrait changer un raisin de qualité en raisin médiocre, de même que je ne vois pas comment une récolte à la main pourrait
changer un raisin médiocre en raisin de qualité.
Il faut être ouvert, dépasser l'idéologie, pour pouvoir faire preuve davantage de nuances et de relativité. Je n'ai jamais dit qu'il fallait défendre les vendanges mécaniques au détriment des
vendanges manuelles, je dis simplement que l'on ne peut se reposer uniquement sur ce fait, pour déterminer la qualité du travail effectué par les vignerons. Aucun des deux n'est gage de qualité,
sans observer l'ensemble de toutes les décisions qui ont été prise, pour aboutir à un résultat.