Viticulture Bio ou Raisonnée, laquelle soutenir ?

Publié le 7 Novembre 2011

Et si on remettait en question le respect de l’environnement prôné par le Bio ? Et si la viticulture raisonnée était plus écologique que le Bio, sur certains points ?

 

Peut être faites-vous partie de ceux qui se demandent si le Bio est vraiment « meilleur » que la culture raisonnée… En tout cas, quelque soit votre position sur ces 2 choix de culture, il est fort à parier que ce qui suit vous fera voir les choses autrement.

 

De nombreux essais comparatifs, sur parcelle, ont été menés en France et en Suisse, et nous pouvons désormais découvrir quelques résultats qui en découlent…

 

Présentation de ces essais :

 

 En Champagne, le CIVC (Comité Interprofessionnel du vin de Champagne) suit depuis 1998 une parcelle conduite en bio-dynamie et une en culture raisonnée. En 2002, il a débuté le programme « biofilière », qui consiste à suivre 5 couples de parcelles « identiques » (une Bio et une raisonnée). C'est-à-dire l’une à côté de l’autre, planté en même temps, avec les mêmes cépages et ainsi de suite… Puis en 2009, il a effectué une enquête auprès de 28 viticulteurs (14 en Bio et 14 en culture raisonnée)

En Bourgogne, la Chambre d’Agriculture de Saône et Loire a mis en place une parcelle de Chardonnay, en 2005, sur laquelle elle compare le Bio, la culture raisonnée et « l’écophyto 2018 ».

● Dans le Beaujolais, la Sicarex observe depuis 2003, les différences entre viticulture conventionnelle, Bio et raisonnée, sur une parcelle de Gamay.

● En Gironde, l’Inra de Bordeaux a comparé, de 2001 à 2004, la viticulture Bio à la viticulture intégrée.

●  En Suisse, la Station de Changins-Wädenswil a mis en place le même comparatif que précédemment sur une parcelle de Chasselas, de 1998 à 2004.

 

Toutes les conclusions de l’enquête réalisée par La Vigne sont issues des résultats obtenus sur ces essais, c’est pourquoi je vous les ai présenté, afin que vous sachiez d’où proviennent les réponses qui suivent : 

 

Laquelle, des 2 méthodes, applique le moins de produits phytosanitaires ?

Rappel : Ce qui les différencie, c’est le type de phytosanitaires ; naturels pour le Bio et plus ou moins chimiques pour la culture raisonnée. 

- la viticulture raisonnée, parce qu’il y a une meilleure gestion des traitements, par rapport au Bio et au conventionnel. Comparatif sur la parcelle de Gamay, 78kg de phytos pour le Bio, contre 22kg pour le raisonnée, par an et par ha.

 

Dans quel cas, l’indice de fréquence des traitements (IFT), est-il le plus bas ?

Rappel : L’IFT est défini par le nombre de doses homologuées appliquées par hectare.

- dans le cas du Bio, parce que les doses en Bio sont inférieures à celles homologuées. Mais sur un comparatif à doses égales, nous ne sommes pas surs que la fréquence des traitements serait moins importante en Bio, qu’en raisonnée.

 

Qui fait le moins de passages dans les vignes ?

Rappel : Les passages dans les vignes correspondent à tous les travaux (traitements, fertilisation, entretien des sols, travaux en vert…)

- la viticulture raisonnée, c’est le cas pour les essais faits par le CIVC, par la Bourgogne (14,6 passages en Bio, contre 12 en raisonnée), par l’Inra de Bordeaux (23 passages en Bio, contre 18 en intégrée) et par la station de recherches Suisse. On constate que l’écart entre les 2 modes reste raisonnable et il faut tenir compte du fait qu’en Bio, les produits phytos étant moins efficaces, ils doivent renouveler les traitements plus souvent. 

 

Qui préserve le mieux la vie du sol ?

- la viticulture raisonnée ; on constate que passer en Bio ou en raisonnée par rapport au conventionnel est bénéfique pour la vie du sol. Entre Bio et raisonnée, la quantité et la taille des vers de terre, dans le sol, sont plus importants sur les parcelles en raisonnée. Cela s’explique parce que le cuivre, très largement utilisé en Bio, est toxique pour les vers. Ces observations sont similaires pour le CIVC et la Sicarex. En Bourgogne, ils notent simplement que les pratiques d’entretien du sol semblent beaucoup plus discriminantes pour les vers, que l’application de pesticides…

 

Qui protège le mieux les auxiliaires* (*autres organismes vivants utiles pour la vigne) ?

- la viticulture raisonnée ;En Suisse, observation de la population de typhlodromes, sur 40 contrôles visuels, dans 54% des cas, cette population est plus élevée sur la parcelle intégrée. Le typhlodrome appartient à la catégorie des acariens, et le soufre, très utilisé en Bio, est un produit ayant des propriétés acaricides, ce qui peut expliquer une population moindre en Bio.

 

L’un ou l’autre de ces modes, engendrent-ils une modification de la flore adventice ?

- Aucun des essais menés n’a pu apporter de réponse à cette question ; raison : manque de recul, données incomplètes.

 

Laquelle est la plus économe en eau et en énergie ?

- le Bio ; En Champagne, les viticulteurs Bio consomment environ 20% de moins que ceux en raisonnée. Pour la consommation d’énergie (fuel, gaz, électricité…) le Bio économise environ 15%, tandis que le raisonnée économise environ 10%.

 

Qui traite le mieux les effluents viticole et vinicole ?

- la viticulture raisonnée ;il existe des équipements ou dispositifs pour traiter les effluents, il semblerait que la viticulture raisonnée en soit équipée à 100%, tandis que le Bio ne le serait qu’à 93% ; source CIVC. L’écart n’est pas énorme, mais il donne l’avantage au raisonnée.

 

Qui valorise le mieux les déchets ?

- tous les deux

 

Qui a le meilleur bilan carbone ?

- le Bio ; d’après l’enquête du CIVC sur 28 vignerons (Bio et raisonnée), l’indicateur des émissions de CO2  est légèrement inférieur en Bio, parce qu’ils ont un faible volume d’activité, du fait de rendements inférieurs d’environ 25% par rapport au raisonnée.

 

Qui garantit de bons rendements ?

- la viticulture raisonnée ;En Aquitaine, 10 à 15% de rendement en moins pour le Bio, en Champagne, 25% en moyenne de moins pour le Bio, dans le Beaujolais, de 20 à 30% de moins pour le Bio, en Bourgogne, sur 2008, 32% de moins pour le Bio…

 

Qui préserve le mieux l’état sanitaire des raisins ?

- résultats variables, cela dépend des années, des régions…

 

Quelques autres questions ont été soulevées, mais elles manquaient de pertinence par rapport à l’aspect environnemental, et les résultats étaient neutres, aussi ils n’apportaient aucun intérêt pour faire évoluer notre avis sur le Bio et le raisonnée…

 

Maintenant que vous connaissez ces informations comparatives Bio / Raisonnée, je pense, j’espère que votre regard sera plus global et plus juste, quant à la réalité des choses…

 

Bonne journée


Rédigé par Emilie Merienne

Publié dans #"BIO"

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Tino 18/09/2014 14:05

Tenez, j’espère que votre regard sera plus global et plus juste, quant à la réalité des choses…

http://www.itab.asso.fr/downloads/viti/dossier-cuivre.pdf

BUISSON 04/10/2013 12:40

A propos des vers de terre, je pose la question est ce un bon bio indicateur?
Sur une parcelle en désherbage chimique total, vous pourrez remarquer des vers de terre en surface...car en effet du fait de travailler les sols (désherbage mécanique réalisé en bio)les vers de
terre n'appréciant pas d'être dérangé reste en profondeur...! Par contre en bio il faudrait réaliser des fosses pédologiques en profondeur afin d'en calculer le nombre...bien à vous Thomas Buisson
Caviste à Pu 64

Olivier Humbrecht 01/10/2013 14:32

Qui protège le mieux les auxiliaires* (*autres organismes vivants utiles pour la vigne) ?

- la viticulture raisonnée ;En Suisse, observation de la population de typhlodromes, sur 40 contrôles visuels, dans 54% des cas, cette population est plus élevée sur la parcelle intégrée. Le
typhlodrome appartient à la catégorie des acariens, et le soufre, très utilisé en Bio, est un produit ayant des propriétés acaricides, ce qui peut expliquer une population moindre en Bio.

Permettez moi de vous donner un élément de réponse :

Le typhlodrome se nourrit d’acariens. Plus la population d’acariens augmente, plus la population de typhlodrome augmente.

On trouve beaucoup plus d’acariens dans les vignes en culture raisonnée, car on y retrouve beaucoup moins de prédateurs naturels, beaucoup plus présents dans les vignes bios, et, surtout, beaucoup
de produits de traitements autorisés en raisonné favorise la multiplication des acariens en détruisant ces autres auxiliaires.

Le soufre en traitement contre l’oïdium a peut être en effet acaricide, mais pas aux doses utilisées par les bios, qui sont des doses souvent beaucoup plus faibles qu’en conventionnel ou raisonné,
contrairement à la pensée générale.

Le fait de trouver beaucoup de typhlodrome dans une parcelle est donc un mauvais signe ! *

Olivier Humbrecht