Zoom sur la notion de « Climat », 2ème partie

Publié le 12 Février 2014

1ère partie

Voici la seconde partie du texte de Bernart Hudelot, sur l'histoire et la notion de « Climat » en Bourgogne.

Par Bernard Hudelot :

 

En Bourgogne, j’ai toujours appris, par mes professeurs, que nous sommes la région la plus septentrionale pour l’obtention de Grands Vins Rouges. Depuis des millénaires, c’est le « Climat » résultant de la latitude, de l’altitude, et du relief de l’époque Jurassique supérieur et Jurassique moyen, qui exerce un stress idéal sur nos deux cépages rouges, le Pinot noir et le Gamay. Il en est de même pour notre cépage blanc, le Chardonnay, mais uniquement sur les marnes blanches du Jurassique supérieur. Cette particularité unique semble très rare dans le monde.

 

Il faut bien comprendre que l’utilisation courante des noms de lieux, appelés « Climat », a commencé au début de la période froide entre le 14ème et le 15ème siècle. Avant, cette appellation des lieux en « Climat » n’était pas justifiée, parce qu’il faisait plus chaud, aussi les différences de qualité, par lieu, n’étaient pas aussi marquées.

 

Grâce aux travaux du Professeur Leroy Ladurie sur l’évolution du climat, au cours de ses 12 derniers siècles, on voit clairement :

-           une période froide jusqu’au 5ème siècle,

-           puis chaude, du 5ème au 14ème siècle,

-          et de nouveau froide jusqu’au 20ème siècle, appelée petit âge glaciaire,

-          et maintenant nous connaissons à nouveau une période chaude.

 

Si on superpose ces 3 périodes à l’évolution de la viticulture bourguignonne, en Côte de Nuits, dans notre région la plus septentrionale du Duché, on voit les Eduens s’installer, puis les Burgondes au 5ème siècle venant du Comté de Bourgogne. Quels étaient leurs cépages ?  Peut-être du Pinot Noir ?

 

Ensuite les Moines s’installent en partie basse à Cîteaux, pendant la période chaude. Là encore, quels étaient leurs cépages ? Du Pinot Noir sûrement, mais très certainement son descendant : le Gamay, car il faisait très chaud.

En effet, le Gamay résiste bien mieux à la chaleur et à l’oxydation due au matériel vinaire rudimentaire de l’époque. Le Gamay, quand il fait chaud, présente au vieillissement des caractères organoleptiques très semblables, voire même supérieurs au Pinot noir. C’est certainement pour cette raison qu’il a été sélectionné par les vignerons comme « mutant » du Pinot noir à la période chaude.

 

En 1395, Philippe le Hardi fait arracher le Gamay, par les troupes armées, au début de la deuxième période froide, pour imposer par la force le Pinot Noir.

Aujourd’hui, on voit parfaitement son secteur géographique d’influence, qui a été planté en Pinot noir : Dijon, Nuits St Georges, Beaune et le début de la Saône et Loire. Au sud, dans le Beaujolais, le Gamay est resté, ainsi qu’au nord, en Lorraine à Toul.

 

Mais pourquoi, dans ces zones, nos viticulteurs ont-ils refusé d’obéir à Philippe le Hardi ? On peut démontrer aisément aujourd’hui que le Pinot Noir peut s’oxyder, en année chaude, comme en 2003, voire tourner à la piqûre acétique plus vite que le Gamay, car il est moins riche en antioxydants.

Il ne faut, à mon sens, jamais perdre de vue, que le rôle et la raison majeure de la culture de la vigne par les hommes étaient tout d’abord de fournir, aux populations européennes, les antioxydants indispensables à l’équilibre journalier de nos Radicaux Libres cellulaires. Aujourd’hui les médecins nous disent : mangez 5 fruits ou 5 légumes par jour, mais à l’époque, pendant l’hiver, il n’y avait pas de supermarchés, c’était donc en grande partie le vin qui les apportait.

 

A suivre la 3ème partie, Bonne journée

Rédigé par Bernard Hudelot / Emilie Merienne

Publié dans #Histoires et vin...

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