La consommation générationnelle du vin...

Publié le 7 Mars 2015

Thierry Lorey et Pascal Poutet, enseignants et chercheurs à l'École supérieure de commerce de Pau, ont mené une enquête sur la baisse de consommation de vin, en France. Ils parlent d'un phénomène générationnel. La consommation de vin a chuté de 17 % en huit ans.

Ils expliquent : « La question de la baisse de la consommation du vin n'est pas nouvelle. Et d'autres y ont travaillé avant vous. Nous avons émis l'hypothèse qu'il pouvait y avoir une représentation et une consommation du vin par génération ; hypothèse que nous avons vérifiée auprès d'un panel national. Et notre étude confirme la pertinence de cette approche par générations. »

 

Voici les conclusions de leur enquête :

 

La génération des + de 65 ans, indissociable de la Seconde Guerre mondiale et des Trente Glorieuses, a hérité de la consommation du vin par le père. Le vin était sur la table au quotidien. Il avait une valeur culturelle, identitaire, et renvoyait à la notion de terroir... Pour la génération X des 30-50 ans, marquée par la mondialisation, c'est tout autre chose. La "transmission" de la culture s'est beaucoup moins faite. Le vin est devenu un signe extérieur d'appartenance à une classe sociale, un produit qu'on ne consomme pratiquement plus en semaine mais le week-end, entre amis... Quand on les interroge, ils ne citent le père, comme transmetteur, qu'une fois sur deux.

Chez les jeunes, la génération Y de l'Internet, on ne consomme pas de vin avant 24-25 ans. Et c'est le plus souvent le grand-père qu'on cite en référence. La "culture" du vin se perd. Sa "magie" aussi. Il devient un produit de grande consommation comme les autres.

 

Le nombre de consommateurs réguliers chute au fil des générations. En 1980, selon les données de France AgriMer, 51 % des Français en âge de consommer buvaient régulièrement du vin, les non-consommateurs n'étaient que 19 %. En 2010, les réguliers ne sont plus que 17 %, soit trois fois moins. Et ceux qui ne boivent pas de vin sont 38 %, soit le double. Les projections sur 2015 confirment la tendance. Parallèlement, la partie d'occasionnels, plus exigeants sur la qualité mais moins "connaisseurs", a bondi de 30 % à 43 %.

 

Notre étude met en évidence que la consommation d'une génération ne change pas, fondamentalement, au cours de sa vie. Les plus de 65 ans qui boivent du vin tous les jours le faisaient déjà à 20 ans. Et ceux qui sont des occasionnels aujourd'hui, seront des occasionnels demain.

 

La France est le premier pays consommateur de vin avec environ 50 litres par habitant et par an, devant la Suisse (44,8 litres) et le Danemark (37,3 litres). Les États-Unis sont à seulement 11,6 litres par habitant et par an. Mais c'est là qu'il y a le plus de consommateurs : 138 millions, contre 36,5 millions en France où les appellations d'origines contrôlées ont tiré la viticulture vers le haut. Les vins sont de meilleure qualité. La consommation baisse donc, en volume, mais pas en valeur (source : Wine Intelligence, 2010).

 

Bonne journée

Rédigé par Emilie Merienne

Publié dans #Vu dans la Presse...

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